Bonheur fantôme-Anne Percin

Publié le par Orchidee

C'est le beau billet d'In Cold Blog qui m'avait fait ajouté ce livre sur ma LAL. Disponible à la médiathéque, je n'ai pas hésité...

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Un jeune homme -Pierre- s'est retiré de la vie parisienne pour aller dans la Sarthe : entre Le Mans et la Flêche.

C'est de la campagne sincère, sans apprêts, sans folklore. Rien qui arrête l'oeil dans un prè. Ma maison non plus ne retient pas l'attention, offerte à tous les vents. Pour un citadin qui rêverait de se mettre au vert, ce serait une résidence secondaire de cauchemar. Qui voudrait passer le dimanche de Pâques avec ses gosses à chercher des oeufs en chocolat au bord d'une départementale entre La Flèche et Le Mans?
Je vis en bordure du néant, en rat des champs.  Comme dit ma mère, marginal mais pas méchant.



Cette solitude voulue que cache-t-elle ? Que fuit Pierre ?
Au début du roman, on comprend que le jeune homme noit une souffrance interne, qu'il est en quête de savoir qui il est réellement.

Ici, à la campagne, on rumine volontiers. On fait même ça à plusieurs, chacun y va de son anecdote. On ne se gêne pas pour saouler son voisin de son remâchis de vieilles histoires en voie de putréfaction. En revanche, pas question de faire ça tout seul dans son coin ! Ici, on craint  les gens qui s'écoutent.


Que fait-il au milieu de nulle part ? D'autant plus qu'il ne semble pas très à l'aise avec la vie à la campagne. De quoi se punit-il ?

Au fil des pages, les indices arrivent doucement puis se confirment : oui, il a été anorexique, oui il a eu un frère qui est mort, oui il est homosexuel.

Très vite on comprend que l'être aimé se nomme Raphaël, pourtant ce n'est qu'à la toute fin du roman que le nom sera écrit.
Il est question d'amour, de confiance en soi, de confiance aux autres.


Aimer, c'est sentir vivre en soi quelqu'un qui n'est pas soi. Et si je n'étais parti que pour  savoir celà ?


C'est avec beaucoup de pudeur, qu'Anne Percin trace le chemin de ce jeune homme qui semble perdu, ne pas savoir où aller. Au gré de ses rencontres, souvent cocasses, Pierre se pose murit, accepte.
Il y a beaucoup de tendresse dans les personnages décrits par Anne Percin, il n'est pas question de juger, mais de les apprécier comme ils sont.

Chacun doit faire un effort pour être comme tout le monde. L'harmonie sociale est à ce prix. POurquoi d'abord, est-ce que je ne sais pas prendre la vie du bon côté ?  Comme les tournesols, pencher ma tête là où c'est bon, là où c'est chaud, la sentir grossir, s'enfler de graines, grouiller de petits moi même et dans un ultime coup de nuque, lâcher ma semence, me reproduire et crever. Pourquoi est-ce que je ne sais pas faire ça ? Allons, allons ! Pas d'excuse.
 

J'ai beaucoup aimé le fait que les éléments se dévoilaient peu à peu à moi, sans me brusquer, en me laissant parfois le temps de deviner ou de me tromper. J'ai eu le sentiment d'accompagner Pierre dans sa recherche du sens de sa fuite. Une belle découverte, vraiment.


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