La rédac du mois Mars : Enfance, madeleine et grands parents

Publié le par Orchidee

Chaque mois des rédac'blogueurs réfléchissent sur le même thème ...
ce mois ci :

Enfance ; madeleine de proust ; grands-mères

Allez voir ce qu'ils ont écrit
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Voilà ma version

  

 

Marie avait quatre grands-parents. Quatre, comme tout le monde ? Non, certains enfants en ont moins dès la naissance, d’autres plus … à condition qu’ils aient des « beaux-parents »… Bref, Marie en avait quatre. Pour les différencier, c’était simple, il y avait pépère et mémère de G. et pépère et mémère de C. Ceux de G. habitaient juste à côté, ceux de C. étaient beaucoup plus loin, et même très loin, il fallait prendre la voiture pendant longtemps.

  

Ceux de G., Marie les voyait donc plus souvent. Ils étaient commerçants… alors Marie, sa sœur Emilie et ses cousins adoraient jouer dans la boutique : faire des paquets avec du vrai papier et des vrais rubans … ils avaient même appris à en faire des torsades avec la lame d’une paire de ciseaux. Ils pouvaient aussi faire sortir des chiffres imprimés de la grande calculatrice. Jouer à la marchande grandeur nature !

 

La grand-mère de G avait ses spécialités : la purée (qu’il fallait tourner dans la grande casserole) et les choux à la crème. Il y avait toujours une blague qui consistait à en farcir un à la moutarde … Elle faisait claquer sa langue dans un petit sifflement , Marie cherchait vainement à l’imiter.  Elle avait un parquet ciré, sur lequel on se déplaçait avec des « patins »… alors Marie patinait, elle adorait.

Pépère de G. adorait souffler dans les sacs en papier pour les faire « péter ». Il adorait offrir cinq francs et chacun devait choisir quel tas de pièces il voulait :

- le gros tas en pièces de cinq centimes
- le petit tas en pièves de cinquantes centimes
- le minuscule tas en pièces de un franc. 

  Un kilo de plumes ou un kilo de plomb ?

 

Les autres grands-parents étaient plus loin. Marie s’y rendait souvent pour des périodes plus longues. L’été principalement, occasion rêvée de retrouvailles avec son cousin Antoine.

La maison d’été était petite-en –pierres, mais pleine de charme. Il n’y avait pas assez de place pour tout le monde mais Paulette, la grand-mère de C., avait la solution : mettre chacun des enfants à un bout du lit. « Un à la tête. L’autre au pied »

Même si elle était encore petite, Marie en profitait pour taquiner Emilie en lui chatouillant les pieds. Chamailleries d’enfant, de frères et sœurs … comme quand elles étaient dans un grand lit (un lit pour deux) et que pour ne pas se toucher il fallait séparer le lit avec un traversin …


La maison d’été était petite-en –pierres, mais pleine de charme. Il n’y avait pas de toilettes dans la maison. Le jour on traversait le jardin pour arriver au cabanon prévu à cet effet ; la nuit il fallait se contenter d’un seau, un pot de chambre.


Chaque matin, ils allaient ensemble, grands et petits, sur la place du village pour acheter à l’épicier ambulant de quoi manger les délices préparés par Paulette. Avec elles, Marie, Emilie et Antoine apprirent les secrets de la gelée de pommes : cette compote sucrée qui filtrait la nuit dans un torchon. Ils se régalaient chaque jour. Bien sûr, les crêpes avaient leur préférence, avec les frites maison. Les trois compères pouvaient passer des journées en bateau. Un bateau qui restait à sec dans la cour de la maison. Tous étaient capitaine et moussaillons … ils aimaient rendre la bateau propre en le vidant de l’eau de pluie à l’aide d’écuelles. D’autres fois, ils ramassaient des coquillages pour en recouvrir une boite ou en faire des personnages. Les chocolats chauds du matin avaient quelque chose de magique, parce qu’ils étaient pris là, sur ce banc, devant ce placard qui regorgeait de l’épicerie familiale… les chocolats et autres madeleines étaient en hauteur mais ils arrivaient à s’en procurer.

Parfois, ils allaient jouer ailleurs. Chez leurs arrières grands-parents. Cette fois la maison était prés d’une rivière. Les trois cousins n’étaient plus matelots mais aventuriers… Quoiqu’ils auraient pu être matelots, on disait que l’arrière grand père avait été scaphandrier … Ils donnaient à manger aux truites d’élevage de cet ancien marin. Les enfants construisaient des ponts pour traverser la rivière. La nature les émerveillait, des bateaux-bout-de-bois prenaient le départ pour une course endiablée.

 


Toutes ces choses, Marie s’en souvient avec plaisir. Elle aime se remémorer la fierté avec laquelle chacun de ces quatre là répondaient aux voisins, aux commerçants… à « c’est votre petite fille ? »

«  oui oui » disaient-ils, les yeux brillants de bonheur.

Ce sourire et ce regard, Marie aime à y repenser car ils étaient une preuve simple, vraie et indiscutable de leur amour.

 

Aujourd’hui, Marie a toujours quatre grands-parents. D’elle on dit qu’elle a grandit, qu’elle est devenue adulte et femme. D’eux qu’ils sont devenus vieux. Avec le temps, la maladie en a atteint certains. Ce n’est pas sans douleur, qu’elle va rendre visite à ceux de G., son pépère ne la reconnaît plus. Pourtant, elle existe dans son cœur et dans sa mémoire, comme une enfant. Sa grand-mère de G. semble fatiguée, elle donne s’en relâche tout son amour à son mari.

A C., d’autres maladies affectent ses grands-parents, des troubles physiques, images du temps qui passe.

 

Marie est adulte. Elle se rend compte qu’elle n’a sûrement pas assez profité de la richesse et du savoir de ces quatre là. Elle n’a peut être jamais su leur dire qu’elle les aimait … pour eux et  pour ces instants de bonheur qu’ils ont rendus inoubliables.


Les relations avec ces quatre là ont changé. Marie aime toujours autant les spécialités culinaires de ses mémères. Elle aime retourner à la rivière même si adulte une enjambée suffit pour la traverser.


Marie rêve, elle rêve d’un jour pouvoir transmettre ces instants de bonheurs à d’autres enfants.

 

Publié dans Jeux de mots

Commenter cet article

Agnes 16/03/2009 02:24

Voila, c'est tout simple et pourtant tellement important pour un enfant. Le bonheur !

gazou 15/03/2009 21:34

Il n'est pas trop tard pour qu'elle dise combien elle les aime et il ne faut pas attendre davantage !

Orchidee 16/03/2009 09:48


@c'est vrai ..., merci de ton passage ici


sylvie 15/03/2009 17:18

beaucoup de nostalgie et de sensibilité dans ta rédac mais aussi la chaleur de la tendresse et de l'amour donné..c'est un soutien pour toute une vie, un héritage à faire fructifier :-)))

Orchidee 16/03/2009 09:50


@sylvie ... nostalgie sans doute ... en même temps il faut comprendre qu'on ne peut revenir en arrière : et Marie s'amuserait sans doute moi à jouer à la marchande ...


hibiscus 15/03/2009 16:33

Oui, c'est intéressant de se demander quelles sorte de grands-parents nous seront. La vie est un cycle.

Orchidee 16/03/2009 09:49


@hibiscus : la vie est un cycle ... oui comment serons nous ? j'ai aimé réfléchir sur ce thème