
... donc grâce aux éditions Hachette et à Babelio (programme Masse Critique), j'ai reçu ce livre de Sandor Marai, un auteur hongrois. A priori en Hongrie, il est aussi célébre que Zweig... moi je ne le
connaissais pas.
Un mariage raconté par trois personnages, avec leurs yeux et leurs sentiments au moment des faits, à la manière d"une confession ou du dialogue que l'on peut avoir avec un ami ou
un amant. Ainsi le lecteur est-il tutoyé tout au long de récit, comme s'il était lui même dans l'histoire. Un procédé intéressant mais qui, sur la fin, m'a un peu lassée...
Regarde cet homme là bas... non, non pas tout de suite, retourne toi... parle moi.
"Métamorphoses" ? pourquoi ? parce que la vision que chacun des protaganistes a de l'histoire et de son histoire est trés différente ... le lecteur a donc lui aussi une vision de
ce mariage qui se transforme au fil des pages. Et métamorphoses parce que les personnages ne resortent pas indemnes de toute cette histoire : ils changent !
Il y a donc
LA FEMME
-Dis moi ce qui ne va pas entre nous?
Il (le mari) resta silencieux... [...] Après de longues minutes de silence, il m'a dit :
- je n'ai pas besoin d'être aimé
- ce n'est pas possible ai je répondi, grelottant; Tu es un être humain, tu as besoin d'amour comme tout le monde.
-Les femmes n'y comprennent rien, a-t-il poursuivi d'un ton lointain comme s'il s'adressait aux astres.
Il existe des hommes qui se passent d'amour mais elle ne veulent pas l'admettre.
LE MARI
La cause de mon échec réside précisément dans ce que je viens de te dire. Je n'ai pas été asez courageux pour accepter la tendresse de cette femme qui m'aimait, je l'ai aussi un peu méprisée
à cause de ses gouts, de sa manière de vivre qui n'étaient pas les miens, mais ceux de la petite bourgeoisie.
Mais j'ai fini par comprendre que ces fantaisies se nourrissaient à une source plus profonde, une source à laquelle je n'avais pas accès - celle de la pauvreté.
Et maintenant, apprend que le véritable amour est toujours mortel. Je veux dire que son but n'est
pas le bonheur, l'idylle, la promenade, main dans la main, sous les tilleuls en fleur, derrières lesquels la douce lumière d'une lampe éclaire un foyer où régnent la fraicheur et des oideurs
familières.
LA BONNE
Dans la vie de chaque femme, aussi, il ya des hommes qui
frappent à la porte. ... certains sont modestes et demandent poliment : "je peux entrer? juste un instant" Bien sûr, il y a quelques pimbêches pour s'en offusquer : "mais pour qui vous me
prenez Monsieur ?" - pour s'indigner et leur fermer la porte au nez. Mais, un peu plus tard, elles se décident à risquer un oeil dans l'entrebaillement pour voir si l'insolent attend toujours le
chapeau à la main... Et alors, elles sont déçues car il n'est plus là.
Autour gravite Lazar, un écrivain désabusé. Celui ci ne livrera pas sa vision du mariage mais il est le lien entre les trois personnages ; celui par qui aussi Marai évoque le
problème et les limites de la culture.
Au delà de la seule description de mariage, Marai nous décrit :
- une époque :
la Hongrie de l'entre deux guerres
- la bourgeoisie et son déclin
ils (les riches) gardent jalousement quelque chose qu'il est difficile de leur prendre
- une vision de la culture
il maniait les mots comme l'apothicaire manipule le poison. quand je l'interrogeais sur le sens d'un mot, il me lançait un regard méfiant, celui qu'adresse le pharmacien à une cliente qui, le
visage défait, les cheveux ne bataille, vient lui demander un somnifère, du véronal par exemple.
- l'immigration hongroise vers les états-unis
Un livre tout en finesse qui aborde des problèmes mutliples. Un auteur à découvrir.
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