La pianiste- Elfriede Jelinek

Publié le par Orchidee

"Elle ne boit pas, ne fume pas, couche encore à 36 ans dans le lit maternel et aime rester chez elle. Chaque fois que ses horaires de professeur de piano lui permettent, elle se plait à fréquenter les cinémas pornos, les peep-shows. Et quand un des ses étudiants (Klemmer) tombe amoureux d'elle, Erika Kohut ne sait lui offrir en échange qu'un scénario éculé, propre à redorer la vieille relation du maître et de l'esclave"



Comment Erika peut-elle accepter cette relation "amoureuse" avec sa mère ? Pourquoi ? Pourquoi ne conçoit-elle la relation à l'homme aimé que dans la violence ?

Pour la mère,  "
Le désir aboutit, voici bien des années et dans le même lit, à la Sainte Maternité, et il s'arrêta net sitôt le but atteint. un seul épanchement tua le désir et créa de la place pour la fille ; le père fit d'une pierre deux coups. Mais cette pierre lui fut fatale. A présent Erika se glisse dans sa propre moitié du lit et le père gît sous terre"

Erika a besoin de sa mère, comme quelque chose de rassurant, de protecteur :

"Erika suce et grignote ce grand corps (celui de sa mère), comme si elle voulait y retourner, s'y cacher. "

Alors Erika se remplit de ce que sa mère lui donne, des bons conseils du genre fait de la musique, ne t'approche pas des hommes... Erika est conseillée par sa mère dans le port de ses vêtements ; chaque pièce achetée trop courte-trop belle... est remisée au placard et est considérée comme uen dépense inutile.

Le manteau d'Erika  "
est de marque anglais mondialement connue. C'est un vêtement qu'on peut porter sa vie durant s'il ne vous tape pas sur les nerfs avants. La mère l'a chaudement recommandé à Erika, car elle est pour un minimum de changement dans la vie. Le manteau reste sur Erika et Erika reste chez sa maman"

Et chaque changement, ou tentative de changement, est une épreuve pour Erika.
"
De toutes ces années, c'est la première fois qu'Erika renvoie un élève les mains vides. La mère la met régulièrement en garde, c'est une mauvaise pente. Quand la mère n'agite pas l'échelle du succès qui mène au sommet, elle évoque le spectre de la chute libre qu'entraine une faute morale."

Alors, quand Erika tente de séduire un homme : que de changements dans le couple "mère-fille" cela crée... Comment peut-il trouver une place ?

Bien avant de lire ce roman, j'ai vu le film à sa sortie, il y a quelques années, et j'avais le souvenir de quelque chose de DUR, VIOLENT, à la limite du DERANGEANT, du PERVERS, de l'ACCEPTABLE.
Le livre me laisse les mêmes sensations, pour autant, je ne trouve pas ce roman glauque. En fait,  la relation entre les deux personnages (mère et fille) est tellement dure, que par moments la cruauté, la "perversité" et la violence d'Erika paraissent "normales", comme ses seuls instants de liberté... Et l'impossibilité pour elle d'avoir un rapport à l'homme dans l'égalité, rend son destin encore plus horrible.

A découvrir. 

Publié dans Lectures

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Daniel Fattore 26/10/2008 18:08

Une splendeur, surtout le livre. Mais effectivement, c'est dur, et difficile d'accès. Et incroyablement bien vu de la part de l'auteur. Un prix Nobel mérité!

sentinelle 07/10/2008 20:13

Ce roman m'interpelle mais il semble tellement dur que je n'ai jamais eu le courage de le commencer !

Orchidee 15/10/2008 22:31


ce n'est pas un roman facile... tu peux voir le film et ça te donnera une idée : le livre est plus dur et cru je trouve...


liliba 07/10/2008 16:00

Etrange et dérangeant, je note !